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Paints On The Wall, Chapitre 4 #LesEcrinautes

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Mon 10 March 2014

Ce texte est le quatrième chapitre de ma nouvelle Paints on the Wall !

Il entre dans le cadre du challenge d'écriture #LesEcrinautes. Les premiers chapitres sont disponibles sur ce blog !

Bonne lecture !

 

Les bâtiments et les maisons de Lakeland défilaient à toute vitesse autour des voitures de police. Leurs sirènes hurlaient à tout-va pour leur ouvrir la voie entre les rares badauds qui parvenaient encore à rester dans les rues, malgré la violence qui y régnait.

Gayle Brock faisait rugir sa Mustang plus que d'ordinaire en direction du centre-ville, où il espérait trouver le centre névralgique des évènements qui se déroulaient autour de lui. C'était une situation incroyable, hallucinante dont il était témoin. À travers les rues, tout n'était que carnage, désolation, et scènes d'horreur. Tout ce qui vivait encore se faisait attaquer par les meurtriers des cinq victimes de la matinée. Face à leur violence, aux dégâts qu'ils causaient, mais surtout à leur nombre, Brock avait pris un parti un peu spécial. Faire fi des règles, et ne pas hésiter à leur rentrer dedans à toute allure avec sa voiture, afin de les mettre hors d'état de nuire. C'était une méthode radicale, il en était conscient, mais c'était la seule qui pourrait être réellement efficace face à tous ces tueurs en liberté.

Son chef, Miller, n'appréciait pas vraiment ces méthodes, mais il n'avait rien dit depuis le départ des troupes du parking du magasin. Il était pourtant aux premières loges pour assister au spectacle, assis sur le siège passager de la Ford. Ceci dit, il n'avait pas dit grand chose depuis leur départ et, si Brock avait quitté des yeux la route quelques instants, il aurait pu voir son visage pâlir au fur et à mesure de leur avancée, la peur s'y inscrivant aussi vite que le nombre d'assassins dans les rues augmentait.

Leur voiture était une des premières à être parti, il était en tête du convoi qui se dirigeait vers le centre-ville, et ils essuyaient les plus gros attroupements de ces meurtriers en liberté. Et — ça allait de pair avec leur position dans la file — ils devaient donc tenter d'en éliminer le plus possible avant que les autres voitures de police et les secours n'arrivent sur place. Brock, malgré la peur qui le clouait au siège de sa voiture, avait trouvé une bonne technique qui lui permettait de causer de nombreux dégâts sans pour autant trop s'exposer. Sa Mustang était plutôt résistante grâce, notamment, à son pare-chocs renforcé. Il pouvait donc, à loisir, rouler sur tout ce qui se présentait devant lui. La vitesse aidant, il parvenait à ne pas vraiment distinguer les formes qui arrivaient devant lui et qui venaient s'aplatir sur le capot ou le pare-brise de la voiture.

« Dites, ça vous dirait pas de m'aider un peu à en dégommer deux-trois ? Vous êtes chef je vous le rappelle, j'ai pas trop envie de faire tout le boulot ! »

Il était un peu présomptueux de croire qu'il « faisait tout le boulot », puisqu'il était sûrement aussi flippé que son chef, qu'il était complètement tendu, les mains crispées sur le volant de sa voiture, et que tout ce qu'il faisait c'était rouler à fond sur tout ce qui croisait sa route.

Il tourna cependant la tête quelques instants, pour observer celle de Miller, qui était toujours empreinte de la peur qui l'habitait. Soudain, elle disparu complètement des joues joufflues du chef de la police, qui sembla reprendre confiance en lui.

« Tu as raison. »

Il remonta la fermeture éclair de sa veste, réajusta la casquette estampillée « Police » sur sa tête, et sorti son Glock du holster accroché sous son aisselle. Il vérifia le chargeur, l'arma et baissa la vitre électrique de la Mustang.

Il sorti son bras par la fenêtre, et commença à tirer à tout-va. Le canon du pistolet fumait à la fenêtre de la voiture. Le chargeur se vidait à grande vitesse et les balles fusaient à travers les rues qui avaient été complètement désertées par les riverains qui préféraient désormais rester cloitrés chez eux. Mais Miller était chef depuis longtemps. Trop longtemps même, peut-être. Il était arrivé à la fin de son chargeur avant de n'avoir touché ne serait-ce qu'une seule de ses cibles. Il semblait tirer dans toutes les directions, visant à peine, comme s'il participait à un concours du videur de chargeur le plus rapide.

Rapidement, les deux autres chargeurs qu'il avait dans son holster y passèrent, tout comme ceux qu'il avait récupéré sur la table de commandement avant de partir et qu'il avait gardé dans ses poches.

« Putain ! Je suis à sec. Tu as des chargeurs sur toi ? »

Brock fit brusquement un écart sur la gauche, qui envoya Miller s'écraser contre la porte. Un homme, grand, en survêtement et casquette, que Miller n'avait pas réussi à avoir, fût projeté sur le capot au moment où le pare-chocs lui cassait les deux genoux. Sa tête s'aplatit sur la vitre qui le séparait des deux policiers, et un sourire doré parcouru son visage. L'inspecteur donna un second coup de volant, qui remit la voiture dans l'axe de la route et, par la même occasion, envoya valser le rappeur sous les roues de la voiture de Randers qui les suivait de près.

« Vous avez vu ses dents ? Faut être barge pour se faire ça, non ?

– Partant du fait qu'il a sûrement tué atrocement, ou au moins participé aux meurtres de cinq personnes ce matin, c'est pas la chose la plus barge que j'ai vu de lui.

– Ouais, c'est pas faux. Il me semble que vous m'aviez parlé avant qu'on rencontre notre ami, non ?

– Tu as des chargeurs en rab' ? Je suis à sec.

– Ouais, dans la boîte à gants. »

Il laissa son chef fouiller pour trouver des munitions supplémentaires, et il continua son bowling humain, conduisant sa boule-Mustang plus vite qu'il ne l'avait jamais fait dans Lakeland. Il commençait à prendre confiance en lui, malgré la menace qui planait dans la ville et les dangers qu'il encourait à rouler aussi vite. Sans parler du troupeau de tueurs fous qui avait remplit la ville. Il n'avait pas bu depuis quelques heures, et il réalisait maintenant que...

« Putain Brock, tu te fais pas chier ! C'est pour ça que tu arrives tout le temps en retard au bureau ! Qu'est ce que cette bouteille fout dans ta bagnole ?! »

Il n'avait pensé à cette bouteille qu'au moment où Miller commençait à ouvrir la bouche. Il était maintenant grillé par son chef, il ne pourrait plus vraiment nier. Même si la tentation était forte,...

« Mais qu'est-ce que vous racontez ? »

...si forte que ça valait quand même le coup d'être tenté.

« Vous croyez que je picole pendant le boulot ? Vous me prenez pour qui ? »

Avant que son chef n'ai pu lui rétorquer quoi que ce soit, il lui arracha la bouteille des mains, et commença à en dévisser le bouchon.

« Je vais pas me bourrer la gueule pendant les heures de service, surtout avec une bagnole comme celle-ci et un flingue à la ceinture. Et dans tous les cas, c'est pas maintenant qu'on va en parler. Donc attrapez vos putains de chargeurs, foutez les dans votre Glock, et aidez moi à buter ces merdes. Moi, en attendant, je trinque à la dérouillée qu'on est en train de leur mettre. »

Miller ne savait pas quoi lui répondre. Deux fois. Cela faisait deux fois que Brock lui répondait de cette manière. Et dans la même journée en plus. Il n'aimait pas ça. Pas du tout. Il se garda de toute réflexion, mais se promit à lui-même de faire sa fête à Brock quand toute cette merde serait finie.

Brock, de son côté, savourait d'enfin dire ce qu'il pensait à son chef, bien que la peur de ce qui l'attendait à l'extérieur de l'habitacle de la voiture n'avait pas encore tout à fait disparu. Il fini de dévisser le bouchon de la bouteille qu'il tenait à la main, et en avala une longue gorgée. Il savoura le liquide qui coulait dans sa gorge et le réchauffait de l'intérieur. Il ressentit instantanément toutes les sensations qu'il sentait à chaque fois qu'il buvait, et qui le poussaient à boire de nouveau. Il se sentait plus fort. Son chef n'était plus un problème. Les tueurs fous non plus. Ils étaient maintenant tous à sa portée. Tout était à sa portée. Plus rien ne pourrait l'arrêter. Il reprit une gorgée du précieux liquide, referma la bouteille, et la glissa dans sa porte.

Il remit ses deux mains sur son volant et reprit sa folle course dans Lakeland. Dans son rétroviseur, il voyait encore pas mal de voitures bleues, mais beaucoup moins qu'après leur départ du parking. Soit les policiers avaient choisi de se séparer du groupe pour couvrir plus de terrain, soit ils s'étaient fait arrêter — et possiblement tuer — par la vermine qui courait dans les rues. Même s'il n'aimait pas beaucoup ses collègues, Brock préférait, de loin, la première solution. Au moins, plus ils étaient nombreux, plus ils avaient de chances de tous les tuer. Mais, malgré ses coups d’œils répétés dans ses rétroviseurs, il ne parvenait pas à discerner la voiture de Randers.

Les occupants des voitures qui suivaient encore la sienne avaient, dans l'ensemble, tous choisi d'utiliser la même technique que la leur. Le chauffeur roulait le plus vite possible tout en essayant d'écraser le plus possible d'individus qui couraient droit sur eux ou en direction d'autres proies, tandis que les passagers, vitres grandes ouvertes, tiraient dans tous les sens pour en avoir le plus possible. Mais, malgré tous leurs efforts, il en restait encore beaucoup après leur passage. Comme si les tireurs n'arrivaient pas à les avoir, ou que les balles ne leur faisaient absolument rien.

Ils étaient à présent à quelques pâtés de maisons de l'hôtel de ville quand un vrombissement de moteur, plus fort que celui de la Mustang, se fit entendre derrière eux. Ils ne virent rien derrière eux pendant plusieurs secondes, puis ils virent un gros phare jaune se rapprocher à toute allure. Il arriva à leur hauteur en quelques secondes et les deux passagers reconnurent instantanément le chauffeur de la moto. Jimmy Winkle la chevauchait, un casque jet vert fluo sur le crâne et un pistolet à la main. Deux autres armes, chargées, étaient coincées dans sa ceinture et une troisième avait été logée entre le compteur de vitesse et le pare-brise de la moto. Sa chemise de la police était plaquée sur son torse par la vitesse, et un regard déterminé animait son visage. Il ne jeta qu'un rapide coup d’œil dans la direction de Gayle. Il ne sût dire s'il y voyait de la peur, un appel à l'aide, du courage, ou de la folie. Ou bien un mélange de tout ça. Cet échange ne dura qu'un éclair, puis Jimmy reporta ses yeux sur la route, tourna l’accélérateur de sa moto et, dépassant la voiture, fila droit en direction d'une troupe mixte d'hommes, de femmes et de chiens enragés agglutinés sur une grande place.

« JIMMYYY ! »

Miller venait de hurler son prénom par sa fenêtre ouverte. Le jeune homme partait droit au casse-pipe, dans un dernier élan de courage. Seul, sans protection, il roulait à toute vitesse, un bras tendu droit devant lui. Il distança rapidement la Mustang, puis resta à une centaine de mètres devant eux, continuant sa charge folle. Arrivé à portée du groupe il commença à tirer, réussissant à en toucher quelques uns, mais sans que cela ne semble leur causer de blessures. Quand son chargeur fût vidé, il lança l'arme derrière lui pour en dégainer une autre. Il continua ainsi pendant de longues secondes, avant d'arriver à une dizaine de mètres du groupe, qui avait commencé à courir vers lui.

Et ce que Brock et Miller craignaient arriva. Jimmy ne ralenti pas, ni ne tourna. Il fût happé par les premiers assassins qui l'attrapèrent et commencèrent à l'étriper. Quelques coups de feu retentirent, que Jimmy avait dû tirer dans un dernier effort pour s'en sortir, très vite étouffés, par les cris rauques et déchaînés de ses agresseurs. Sa moto, au contraire, avait réussi à tuer quelques uns d'entre eux, continuant sa course endiablée sur plusieurs mètres avant de s'arrêter, faisant couler sur le sol un épais liquide visqueux.

 

De leur voiture, Brock et Miller ne purent que voir la scène de loin, sans pouvoir agir un seul instant. Quand Jimmy partit à toute vitesse en direction du groupe de tueurs, Brock enfonça l’accélérateur de la Mustang pour essayer de l'arrêter et le raisonner mais la moto, plus légère et plus rapide, était déjà bien trop loin. Ils la suivirent jusqu'à ce que Jimmy ne vienne s'enfoncer dans le groupe qu'il visait auparavant. Ils furent tous deux instantanément pétrifiés de voir son corps frêle s'enfoncer entre les mains des monstres qu'ils avaient en face d'eux. Même si Brock l'avait envoyé chier plusieurs fois au cours de la journée, il ne pouvait pas ne pas être attristé et touché par la disparition de ce jeune homme. Surtout s'il devait mourir de cette façon. Il ne vit rien de ce qui s'était passé après. Ses yeux étaient toujours fixés sur l'attroupement d'hommes et de femmes qui étaient amassés autour du corps. Du sang et des lambeaux de peau volaient au dessus d'eux, rendant la scène à laquelle il assistait encore plus barbare.

Miller — que Brock ne regarda pas non plus — avait lui aussi été pétrifié par la scène. Il lui avait fallu quelques secondes pour s'en remettre, après lesquelles il fouilla une nouvelle fois la boîte à gants pour en sortir un dernier chargeur. Il le chargea dans son Glock et reprit ses tirs en direction du groupe.

Les tirs sortirent brusquement Brock de ses esprits. Il tourna la tête de tous les côtés, cherchant l'origine des tirs, pour finalement s'apercevoir qu'ils provenaient de l'arme de son chef. Il reporta les yeux sur la route, fixant le groupe en face de lui. Bien décidé à venger Jimmy, il attrapa sa bouteille de rhum et bu ce qu'elle contenait encore en 2 longues gorgées. Bien qu'il soit habitué à l'alcool — et encore plus au rhum — en boire autant d'un coup ne lui était pas familier. L'alcool brûlait sa gorge, lui procurant une sensation désagréable qu'il n'avait plus connu depuis des années. Sa vue se troubla pendant une demi-seconde, les bâtiments autour de lui flottèrent devant ses yeux, avant de reprendre leur place au son du Glock qui se vidait de ses balles.

Il lança la bouteille vide par sa fenêtre ouverte, et appuya d'un pied décidé sur l'accélérateur, augmentant encore plus la vitesse à laquelle il roulait. Le groupe en face de lui se rapprochait de plus en plus rapidement. Il commençait à distinguer les visages de chacun de ses membres. Il voyait les regards haineux, leurs bouches pleines de sang et de cervelle. S'il n'avait pas bu autant, il aurait été complètement terrifié de voir cela. Au contraire, l'alcool lui permettait désormais de ressentir toute la colère qu'il nourrissait contre ces êtres et son désir de les arrêter et de venger Jimmy.

 

Il roulait à pleine vitesse dans leur direction, bien décidé à en tuer le plus possible, à ne pas les laisser d'échapper, à les punir pour tout ce qu'ils avaient fait. À ses côtés, son chef avait fini de vider son dernier chargeur et avait à présent rentré son bras à l'intérieur de la voiture, cramponnant fermement les deux poignées qu'il avait pu trouver dans la voiture. Il arrivait à lire dans le regard de Brock sa détermination à en finir avec cette situation. Il comprenait qu'il n'avait plus grand chose à faire et que s'il voulait s'en tirer vivant, il devrait s'accrocher comme il le pouvait. Il se retourna rapidement sur son siège et découvrit que plus aucune voiture ne les suivait. On est seuls maintenant. Tués, ou simplement partis sur un autre cap, dans tous les cas plus aucun autre policier n'était là pour les aider en cas de coup dur.

Il se remit en place sur son siège, boucla sa ceinture de sécurité, et fouilla une dernière fois la boîte à gants. Non pas à la recherche de munitions, mais d'une bouteille d'alcool. Il aurait bien aimé, lui aussi, se vider la tête avec une bonne lampée de rhum ou de whisky, pour au moins ne pas être témoin de ce qui allait se passer.

 

Brock continuait de regarder fixement devant lui. Le groupe qu'il voyait en face de lui ne méritait pas de rester vivant, et il comptait bien se prendre pour le Seigneur pendant quelques minutes pour leur faire connaître La — sa — Punition. Il n'avait pas parlé à Chris Miller de son plan — ou plutôt de ses intentions, puisque ce n'était pas vraiment un plan — mais il avait remarqué que son chef avait très vite compris ce qu'il voulait faire. Il était complètement décidé à le faire, mais il savait que s'il n'hésitait qu'un seul instant, que s'il ne pensait ne serait-ce qu'une seule fraction de seconde à ce qu'il pourrait s'infliger en faisant cela, il enfoncerait son pied aussi fort que possible sur le frein et ferait demi-tour pour partir aussi loin que possible. Fort heureusement — ou pas — l'alcool l'empêchait de penser à plusieurs choses à la fois, et maintenir la voiture sur son cap tout en pensant à ce qu'il voulait infliger au groupe de tueurs qui commençait à s’intéresser à lui était déjà presque trop difficile pour son esprit embrumé.

Il n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres de son but quand, tel un seul homme, tous ceux qui se trouvaient sur sa route se retournèrent et chargèrent à une vitesse impressionnante en direction de la voiture. Ni Gayle ni son chef n'avaient déjà vu une seule personne courir aussi vite. Le groupe aurait pu, en un rien de temps, mettre cent mètres dans la vue d'un Usain Bolt stimulé à l'EPO. Et c'est à cet instant que les deux policiers commencèrent à vraiment avoir peur. La menace était en face d'eux. Il y avait vingt, trente, cinquante — ils n'arrivaient pas à distinguer — tueurs complètement dégénérés, la bouche et les mains dégoulinants de sang, qui couraient droit sur eux. Les deux ensembles se rapprochaient très rapidement l'un de l'autre, la collision allait se passer quelques secondes plus tard, et aucun des deux n'avait plus la possibilité de changer d'avis.

 

Et pourtant, au dernier moment, Brock ne pu retenir ses mains. Il tourna le volant d'un coup sec sur la gauche, pour essayer de se retrouver sur une partie moins importante du groupe d'hommes et de femmes. La voiture heurta violemment le trottoir, projetant sa tête à travers l'ouverture de la vitre ouverte. Les jantes et les pneus de la voiture grattèrent contre le béton du trottoir, renvoyant la voiture d'où elle venait. Il tourna le volant brusquement dans l'autre sens pour remettre la voiture sur la route. Trop brusquement.

Il perdit le contrôle de la voiture qui chassa violemment sur le côté et se retrouva en travers de la route. Le brusque coup de volant, aidé par la vitesse à laquelle ils roulaient, fit perdre sa stabilité à la voiture qui se retrouva rapidement sur son côté gauche, puis sur le toit, pour finalement continuer sa course en quelques tonneaux dans la grande rue de Lakeland.

 

C'était la première fois que l'alcool causait du souci à Brock. Il avait toujours su gérer ce qu'il buvait, connaissant les effets d'un peu de rhum dans du café, ou d'un cocktail bien tassé avant le déjeuner. Mais aujourd'hui il avait dépassé les limites qu'il s'était fixé. Il avait des circonstances atténuantes. Cinq meurtres en une matinée, la ville à feu et à sang, des tueurs fous partout dans les rues. Il s'était autorisé à légèrement dépasser les quantités autorisées. Et il n'avait pas su garder ses moyens. La vision d'horreur que lui procuraient tous ces êtres immondes et à peine humains qu'il avait en face de lui avait eu raison du courage procuré par l'alcool. Il avait préféré essayer de leur échapper, quitter la route, passer à toute allure à côté d'eux, et s'en aller loin. Mais, ses réflexes amoindris, il avait conduit comme un gosse. Ses gestes trop grossiers venaient de l'envoyer dans le décor, et son chef avec.

 

La voiture continua ses roulades sur une vingtaine de mètres. Dans son malheur, Brock avait quand même eu la chance de ne perdre le contrôle de sa voiture qu'à quelques mètres à peine du groupe d'opposants. Après le premier tonneau, la voiture retomba sur le côté droit juste devant celui-ci. Et, en une fraction de seconde, elle reprit sa chute, continuant à avancer en tournant sur elle même. Elle se fraya un passage au milieu du groupe, écrasant ces monstres et répandant le liquide épais qui leur permettait de vivre sur la chaussée. En une seconde, il ne restait plus du groupe qu'une petite poignée d'individus.

La voiture retomba après un tour et demi sur elle-même, enfonçant son toit sous son propre poids. Les pares-brise avant et arrière étaient réduits en miettes, tout comme les autres vitres de la voiture. Le capot, qui s'était ouvert sous les chocs répétés, laissait entrevoir le moteur fumant duquel coulait un filet d'huile fin et régulier. Les deux policiers, retenus par leur ceinture de sécurité à leur siège, pendaient la tête en bas dans la voiture, entourée par les quelques tueurs assoiffés de sang qui étaient encore debout.

 

Sous le soleil rayonnant du milieu d'après midi, au milieu de la rue désertée de tous ses humains, les deux policiers venaient de découvrir ce qui allait hanter le reste de leur — courte — vie.

Le cinquième et dernier chapitre est également disponible sur ce blog. >
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