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Paints On The Wall, Chapitre 2 #LesEcrinautes

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Mon 27 January 2014

Voici le deuxième chapitre de ma nouvelle Paints on the Wall. Merci à vous de me lire et n'hésitez pas à me donnez vos avis (éclairés) en bas d'article 😉

Ce texte entre dans le cadre du challenge d'écriture #LesEcrinautes. Le prologue et le premier chapitre sont disponibles ici sur ce blog !

Bonne lecture !

 

Gayle Brock était arrivé sur le lieu du meurtre peu de temps après avoir reçu l'appel de son chef. Il avait fait donner tout ce qu'elle avait à sa Mustang, qui avait avalé l'asphalte des petites rues de Lakeland. Le trajet avait été si rapide que, malgré l'état de nervosité dans lequel il était et la vitesse à laquelle il fumait ces cigarettes quand il était dans cet état, son cendrier avait à peine eu le temps de se remplir. En revanche, la jauge d'essence de la voiture avait, elle, considérablement diminué.

Il se trouvait à présent dans un endroit on-ne-peut-plus normal. Enfin, relativement normal pour une scène de crime. Des bâtiments désaffectés, qui autrefois abritaient des usines prospères et des entrepôts de stockage. Une route sous un pont sur lequel passe une voie rapide, un bas-côté large, recouvert d'herbe morte, des graffitis. Et aujourd'hui, le cadavre d'un SDF à moitié caché par des cartons.

Ces cartons provenaient, pour la plupart, des différentes usines qui bordaient la rue que Brock avait emprunté jusqu'à la scène de crime. Les sociétés qui les occupaient avaient peu à peu déserté les lieux, leur préférant le standing des nouvelles zones industrielles modernes. Ces vastes volumes avaient ainsi vu passer, au fil des années, des bandes de squatteurs, des fêtes d'adolescents délurés ou des bandes de drogués à la recherche de coins tranquilles et, surtout, à l'écart de la ville. Depuis que ces derniers avaient aussi préféré déménager pour les nouveaux lotissements huppés, les entrepôts étaient restés vide, les sans-abris préférant dormir au dessus des bouches d'aération de métro crachant de l'air chaud plutôt qu'au milieu des seringues usagées, des mégots de joints ou des tessons de bouteilles de bière.

La scène du crime se trouvait tout au bout de cette artère, sous un pont, au croisement de Columbus Street. Les trois policiers qui s'y trouvaient étaient peu visibles de la rue, cachés par l'ombre du pont. L'inspecteur Brock se gara à côté des deux voitures de ses collègues, prenant garde lui aussi de profiter de l'ombre du pont pour maintenir l'air de sa voiture, et la bouteille de rhum cachée dans la boite à gants, bien au frais.

Il sorti de la Ford et, machinalement, tira une cigarette du paquet qu'il gardait au fond de la poche intérieure de sa veste. Il l'alluma en s'approchant du ruban « Police line - Do not cross », en observant les trois flics présents qui le regardaient d'un air dédaigneux. Il savait très bien ce qu'ils pensaient de lui. Peu de gens au commissariat l'appréciaient, et encore moins aimaient travailler avec lui. Ou plutôt, pour lui. IL était inspecteur. IL dirigeait l'enquête. IL donnerait les ordres. Et ils avaient bien intérêt à les suivre.

Sa première technique pour montrer que c'était lui le patron était justement de jouer avec sa cigarette et son look. En s'avançant vers la scène de crime, il tira lentement sur le tube de tabac et recracha la fumée en direction du plus grand des policiers, qui semblait avoir pris la tête des opérations sur place. Ses cheveux longs et tirés en arrière sur le dessus de sa tête, ainsi que ses grosses lunettes de soleil faisaient presque de lui une caricature du mec des années 50. À vrai dire, il ne lui manquait pas grand chose pour complètement tomber dans le cliché, mais il l'assumait totalement.

En approchant du corps allongé par terre, il observa la scène de crime de loin. Un tas de cartons et quelques vieux containers à ordures semblaient constituer un abri de fortune qui permettait à une, voire deux, personnes de dormir au sec sous le pont. Ce qui paraissait être il y a encore quelques temps l'entrée de la cabane était maintenant effondré sur le corps, le recouvrant de cartons jusqu'au dessus des genoux. À côté du corps, les restes d'un petit feu de bois et de cartons, trônant à l'intérieur d'un fond de baril en ferraille découpé à la va-vite, devaient servir à réchauffer le pauvre homme allongé en travers de l'entrée de son abri. À première vue, Gayle Brock ne voyait aucune trace de combat, ou d'un quelconque signe qui indiquait que le tueur en voulait à un objet ou une ressource que possédait la victime. Rien n'avait l'air d'avoir été bougé ou déplacé. L'entrée de la cabane n'avait dû être cassée que par la chute du SDF.

Cessant ses observations il continua son avancée et, relevant la tête du corps, il tomba nez à nez avec une femme. Il se demanda comment il avait fait pour ne pas encore la voir, trop obnubilé par le corps. Brune, très grande, jeune, elle pointait un énorme pistolet sur Brock qui, surpris par cette vision, s'arrêta net. Il prit une seconde pour se remettre du choc, et jeta un œil vers les trois flics qui l'attendaient à une dizaine de mètres de là. Aucun d'eux ne semblait avoir remarqué ce bref moment pendant lequel il avait perdu de sa coolitude. Il ferma les yeux un instant, et regarda une seconde fois la jeune femme. Sa peau était claire, douce, mais tachetée de tâches noires. Elle paraissait si réelle que s'en était troublant, car elle n'était en fait qu'un graffiti recouvrant une bonne partie du pilier du pont dressé derrière la scène de crime. Il n'avait jamais vu un tag qui ressemblait autant à une vraie personne. Pendant un instant, il avait vraiment cru être menacé par cette très jolie femme et son énorme pistolet. La possibilité que cette impression soit provoquée par l'alcool qu'il avait ingurgité ce matin lui vint à l'esprit, mais fut vite chassée par la beauté de la jeune femme peinte au mur qui le fixait de ses yeux noirs. Et en plus, il buvait depuis plusieurs années sans que cela lui ai jamais posé problème.

Il se remit en marche en direction du corps allongé à quelques pas de lui, l'air de rien, mais tout en gardant le regard pointé en direction de l'immense peinture. Le pistolet qu'elle tenait en main était gigantesque, comparé à une arme de service. Et contrairement à ce que Brock avait vu au départ, l'arme n'était pas pointée vers lui, mais plutôt dans la direction du corps allongé sur le bas-côté de la route. C'était quand même une sacrée coïncidence de trouver un corps exactement sous une telle image. C'était même très déconcertant. Comme si le corps avait été spécialement placé à cet endroit par le tueur. Ou que cette personne avait été choisie parce qu'elle vivait sous un tel graffiti.

« C'est flippant, non, inspecteur ? Il m'a fallu un moment ce matin avant de pouvoir la regarder sans trembler des genoux ! »

Gayle fût tiré de ses pensées par Jimmy Winkle, une des jeunes recrues de la police de Lakeland. Il continua à s'avancer vers eux en lui jetant un regard noir, remarquant au passage qu'il n'était pas le seul à le faire. Bob Randers, le grand policier qui dirigeait les opérations sur place, regardant furieusement le jeune policier blond qui n'avait assurément pas compris quelle était sa place, salua l'inspecteur.

« Bonjour inspecteur.

— Salut Randers. Ça roule ?

— Ben, disons que je suis pas habitué à voir des corps dans cet état, et encore moins dès le matin, si vous voyez ce que je veux dire.

— En effet, c'est pas souvent qu'on voit ça ici. De mémoire...

— Et comment, qu'on voit pas ça souvent ! Quand j'ai dit à mon grand-père que j'allais sur ma première scène de crime ce matin, il a failli tomber de sa chaise ! Il n'avait jamais vu ça de sa vie, et pourtant il a été maire pendant 30 ans ! »

Jimmy avait coupé net la parole au capitaine Randers, l'empêchant de finir sa phrase. Déjà passablement énervé par sa première remarque, Brock aimait de moins en moins le ton et l'impertinence du grand blond efflanqué.

« Dites, ça vous dit pas d'aller là-bas surveiller que personne ne se pointe ici ?

— Il est 8h du mat', et on est dans un trou paumé. Ça m'étonnerait que quelqu'un vienne fourrer son nez sous ce pont de bon matin.

— Et bien disons que j'ai besoin de rester tranquille pour inspecter le corps avec Randers, donc dégagez. Et emmenez donc votre pote avec vous, comme ça vous pourrez parler du temps qu'il fait. »

En une fraction de seconde, le visage du jeune Jimmy se décomposa. Il s'attendait à participer activement à l'enquête. À découvrir, indice après indice, l'identité du mystérieux tueur. Et peut-être même, s'il avait assez de cran, devenir un peu comme Brock, s'endurcir, et devenir un policier respecté. Il s'attendait à tout sauf à se faire rembarrer après n'avoir échangé que quelques phrases avec lui.

Dépité, il tourna les talons, sans plus un mot, et s'éloigna en direction du ruban jaune et noir qui délimitait le périmètre de la scène de crime. Le troisième flic, un homme plus petit et carré que ses deux collègues, s'engagea dans son sillage, non sans avoir lancé un regard plein d'espoir en direction de son chef pour tenter de rester sur les lieux.

Brock attendit à peine que les deux policiers se soient éloignés pour commencer son examen de la scène de crime. Il n'attendit même pas non plus que Randers soit arrivé à côté de lui pour l'assister.

« Bon, voyons ça. La victime est donc un sans-abri, un homme, blanc. Il a l'air d'avoir une bonne soixantaine d'années. Vous connaissez son nom ?

— Oui, John Grey. On a réussi à le récupérer en faisant le tour des bâtiments alentours. Il avait ses habitudes dans un refuge pour SDF. Selon son dossier, il était marin quand il était jeune. Et depuis qu'il a arrêté de naviguer, il vit dans la rue. C'est tout ce qu'on a pu avoir comme infos sur lui.

— C'est vous qui l'avez découvert en faisant une patrouille ?

— Non, c'est un jeune homme du coin. Il vit à quelques rues d'ici. Il sortait son chien ce matin, et il s'est arrêté au dessus des cartons pour pisser. Le chien, pas le mec..

— Oui, j'avais compris.

— Ouais, et donc c'est en retirant son chien que le mec a vu une flaque de sang qui coulait sous les cartons. Il en a soulevé un, et c'est là qu'il a vu la tête du mec, avec un trou dedans. Il a déplacé quelques cartons de plus pour voir s'il était vraiment mort, ou si c'était pas une blague. Quand il a vu que le reste du corps ne bougeait pas, il nous a appelé. Une voiture est venu le chercher et on la gardé au poste, si vous voulez le voir.

— Merci, vous avez bien fait, je passerais y faire un tour. »

Il quitta des yeux le policier avec qui il était en train de discuter, et regarda à nouveau le corps allongé sur le bord de la route. L'homme avait une barbe et de longs cheveux blancs, désormais emprunts d'une couleur rouge vif. Son corps était allongé le long de sa cabane en cartons, les jambes encore à moitié cachées par ceux-ci. Le corps ne paraissait pas en mauvais état, seule la tête de l'homme était réellement abimée. Et pas qu'un peu.

Un trou énorme traversait sa tête de part en part. Avec près de 10 centimètres de diamètre, le projectile avait tout détruit sur son passage à l'intérieur du crâne du pauvre homme. Si du sang et des morceaux de cervelle ne le remplissait pas à moitié, Gayle aurait pu voir le bitume au travers. Mais malgré que cette tête ait l'air en piteux état, le trou était en réalité plutôt « propre ». Il était très net, sans bavure. Sous la violence du choc et de l'arme utilisée, du sang avait éclaboussé le visage et les cheveux de la victime ainsi que la zone proche autour du corps, mais la blessure n'était pas gore pour autant.

Un trou béant, propre et net traversait ce crâne, et tout indiquait que c'était du travail de pro. Brock connaissait bien les armes utilisées par les gangs, les policiers, et même les armées, et pourtant il ne parvenait pas à trouver l'arme qui avait pu être utilisée ici. Aucune des armes qui circulaient aujourd'hui ne pouvait occasionner une telle blessure. Indubitablement, ça ne pouvait être qu'un professionnel qui avait tué cet homme. Le travail d'un amateur aurait été trop brouillon, plus sale que ce qu'il voyait ici. Si un outil avait été utilisé pour tuer cet homme, la technique était sacrément éprouvée.

Malgré tout, Gayle gardait la conviction que seule une balle, sortie à pleine vitesse du canon d'une arme, pouvait causer une blessure si propre. Le problème majeur à ce moment était que, justement, il n'y avait pas de balle.

Il s'approcha encore un peu plus de la tête posée sur le sol près de lui, sortit un vieux stylo de la poche de sa veste, et l'approcha du trou qui occupait la majeur partie du visage.

« C'est troublant, n'est-ce pas inspecteur ?

— Pardon ? »

Il se retourna vers l'agent qui venait de l'interpeller.

« Le fait qu'il n'y ait aucune balle alors que tout laisse penser que la mort a été causée par une arme à feu, c'est troublant, non ?

— En effet, en voyant ça on s'attendrait plus à voir une immense balle au fond de la tête, mais je ne vois rien d'ici. C'est peut être plus profond dans le crâne. »

Il se retourna à nouveau, cette fois-ci en direction du corps, reprenant en main son stylo presque vide.

« Ça ne vous servira à rien de faire ça, on l'a déjà fait.

— Quoi ? Qui a fait quoi ?

— Nous. On a déjà fouillé le fond du crâne à la recherche d'une balle. C'est la seule chose qu'on ait fait en arrivant sur les lieux, ça nous a intrigué nous aussi.

— Et donc ? Vous avez trouvé quoi ?

— Rien.

— Comment ça rien ?

— Ben oui, rien. À part des bouts de cervelle et des os déchiquetés qui traînent dans du sang, il y a que dalle au fond de ce trou. J'ai pas cherché plus, comme je voulais pas déplacer le corps, mais ça m'étonnerait qu'on trouve autre chose après la visite du légiste.

— Ah bon, et pourquoi donc ? »

Sentant qu'il était sûrement en train de se faire tester par un inspecteur de la police et que, si ses réponses étaient bonnes, cela pourrait lui valoir un bon avancement, Randers se lança dans des explications détaillées de la situation.

« Tout d'abord, le corps n'a pas été déplacé. On a deux choses qui indiquent cela. Déjà, on a le témoignage de l'homme qui a trouvé le corps, mais il aurait pu nous mentir, et ensuite on a les traces de sang sur la scène du crime. Il n'y a pas de trainée de sang qui indiquerait qu'on a trainé le corps, et les éclaboussures autour de la tête signifient que la tête a explosé quand elle était à cet endroit précis. Et si le tireur avait enlevé la balle, on aurait retrouvé de la cervelle et du sang partout sur le visage de la victime. Or, celui-ci est « propre », donc la balle, s'il y en a une, n'a pas été retirée. »

Brock commençait à être interloqué par les capacités d'observation et d'enquête que le flic semblait posséder. En revanche, ça l'énervait un peu aussi de ne pas avoir remarqué les points qu'il abordait de lui même.

« Ensuite inspecteur, je pense que si un projectile a réellement causé le trou dans cette tête, et que cette dernière ne s'était pas trouvée à l'endroit où elle est actuellement, la balle aurait fait beaucoup plus de dégâts que ça. Ce n'est pas une maison en carton qui aurait pu l'arrêter, donc on en aurait vu des traces par ici. À moins que le tueur ait tiré en direction de la rue, auquel cas le projectile pourrait bien être n'importe où. »

C'en était trop pour Brock. Un flic qui passait son temps en patrouille avait, en quelques minutes, réussi à comprendre la scène de crime mieux que lui, inspecteur chevronné, ne l'avait fait. Il fallait qu'il pense sérieusement à arrêter le rhum avant d'aller au boulot s'il voulait garder sa place, et surtout il devait montrer à ce troufion que c'était lui qui était en charge de l'enquête, et que c'était à lui de tirer les conclusions.

« Donc, je résume. On retrouve le corps sans vie d'un sans-abri d'une soixantaine d'années sous un pont à la sortie de la ville. Son crâne est percé de part en part d'un trou de près de 10 centimètres de diamètre, et c'est ce qui semble l'avoir tué. Tout indique que le corps n'a pas été déplacé, mais on ne retrouve aucune trace de la balle. Il ne nous reste donc que deux options : soit c'est un pro qui a tué ce pauvre mec en occasionnant une blessure propre et nette, ou bien la balle utilisée a mystérieusement disparue. »

Brock se releva, forçant sur ses genoux endoloris et déjà bien fatigués malgré son jeune âge, et se tourna à présent vers la rue déserte derrière lui. Les deux policiers qu'il avait rembarré dès son arrivée sur les lieux bavardaient à quelques mètres de là, hors de portée de voix, et n'avaient pas l'air de surveiller grand chose. La rue qui s'étendait en ligne droite dans son champ de vision était entièrement vide. Pas même un chat errant n'y passait, et tout indiquait qu'il n'y avait pas eu de passage ici depuis un bon moment.

« Tiens, Randers, vous qui êtes un si bon enquêteur... »

Un nouveau sourire illumina le sourire de Robert Randers, qui selon toute vraisemblance ne décela pas la pointe d'animosité dans les mots de l'inspecteur.

« ...expliquez moi donc pourquoi on viendrait tuer un SDF ici, quasiment hors de la ville, dans un endroit où plus personne ne vient foutre les pieds. Y'a plus aucun gang, aucune bande qui traîne ici. Même les graffeurs arrêtent de venir peindre ici, il reste plus que cette gonzesse sur le mur.

— C'est peut-être un rite de passage, un test pour une entrée dans un gang justement. Il faut souvent tuer quelqu'un d'un gang adverse pour montrer qu'on est digne de rentrer dans la bande.

— Venez pas me la jouer, vous croyez vraiment que ce type faisait encore partie d'un gang ?

— Ouais, c'est pas faux...

— Et ouais. Et en plus, le mec se fait tuer sous une peinture d'une nana avec un putain de gros flingue dans la main. Et il est mort comment ? Avec un putain de gros trou dans la tête.

— Putain de grosse coïncidence, hein ?

— Putain, ouais. »

Dépité par ce manque d'explication plausible sur les causes de la mort du sans-abri, Brock commença à marcher vers sa voiture. Randers l'interpella par derrière.

« Hé, vous restez pas à attendre le légiste ? »

Il se retourna

« Non, je vous laisse gérer ça, vous vous en sortirez. Passez au bureau me faire un rapport quand vous en aurez fini ici. »

Une nouvelle fois, le visage de Robert Randers s'illumina après ces précieux et rares témoignages de reconnaissance de son travail. Mais contrairement au compliment qu'il avait reçu quelques minutes plus tôt, cette fois-ci, c'était dit sans arrière pensée ou méchanceté sous-jacente.

Aucun des deux autres policiers ne le regarda quand il passa près d'eux, mais ils cessèrent tout de même de discuter. Il ne les regarda pas non plus, et continua sa route vers sa voiture, d'un pas vif et décidé.

Il s'installa confortablement au volant de sa Mustang, alluma le moteur et la cigarette qu'il venait de sortir de son paquet, et regarda une dernière fois vers le lieu où le corps avait été trouvé. Sans déconner, il n'en revenait toujours pas. Vue de loin, la scène était encore plus frappante. Il avait vraiment l'impression que la fille au pistolet pointait son arme sur la tête du type allongé au sol. Dire si elle visait précisément la tête ou le corps en général ne lui était pas possible, il était peut-être abusé par son esprit qui voulait qu'il voit cela, mais dans tout les cas c'était une putain de coïncidence.

Il attrapa la bouteille de rhum dans sa boîte à gants. Il hésita avant de la porter à ses lèvres. Ce matin, il avait été moins bon inspecteur qu'il l'avait déjà été, et c'était assurément à cause de l'alcool qu'il avait ingurgité le matin même au petit déjeuner. Peut-être qu'il pourrait se calmer un peu, attendre ce midi, ou au moins la fin de matinée pour y replonger ses lèvres.

Il releva les yeux de la bouteille, et tout en même temps qu'il voyait le pistolet peint sur le mur pointé vers le corps au sol, il avait l'impression que la jeune brune le fixait de ses grands yeux noirs. Même reculé de trente mètres, ces yeux avaient l'air d'être pointés dans sa direction. Sans aucun doute, les graffeurs qui avaient peint cette fille étaient sacrément doués.

Même s'il savait que tout cela se passait dans sa tête, cette sensation était assez flippante. Il leva la bouteille qu'il tenait en main, se dit qu'une bonne gorgée ne lui serait pas de trop pour chasser cette nana de son esprit, porta la bouteille à sa bouche, en bu une longue gorgée, et la posa en vrac sur le siège passager, tandis qu'il engageait la première vitesse et démarrait en trombe dans la rue déserte de Lakeland.

Le chapitre trois est également disponible sur ce blog. >
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